
Le gouvernement français, par la voix de son Premier ministre François Bayrou, a récemment dévoilé un ambitieux plan de redressement des finances publiques. L’objectif affiché est de ramener le déficit à 4,6 % du PIB d’ici 2026, avec une cible d’économies de 43,8 milliards d’euros. Parmi les mesures phares, la proposition de supprimer deux jours fériés annuels pour générer 4,2 milliards d’euros supplémentaires de production a particulièrement fait réagir.
Une « triple peine » et des priorités contestées pour les Français
La mesure de suppression de jours fériés implique que les salariés travailleraient deux jours de plus pour le même salaire, les entreprises versant en contrepartie une contribution à l’État. Pour Sophie Binet, secrétaire générale de la CGT, il s’agit d’une « triple peine » : « On va travailler plus pour gagner moins et se voir supprimer nos droits sociaux. » Cette vision est partagée par d’autres acteurs sociaux, qui dénoncent un « braquage en bande organisée » selon Fabien Roussel du PCF, ou une « provocation » pour Jordan Bardella du Rassemblement national. Un argument récurrent parmi les critiques souligne également le paradoxe : « en France, il y a de l’argent pour le budget de la défense, mais pas pour les Français. »
Au-delà des jours fériés, le plan prévoit également le gel des prestations sociales et des retraites, le non-remplacement d’un fonctionnaire sur trois, et une contribution de plus de cinq milliards d’euros demandée aux collectivités locales. Le Premier ministre défend ces choix en arguant que « l’une des clés du redressement de l’économie du pays réside dans la durée du travail » et qu’il est nécessaire que « toute la nation travaille plus pour produire davantage ».
Un plan qui fait l’unanimité… contre lui ?
La présentation de ce plan de rigueur a déclenché une vague d’opposition rarement vue, y compris parmi les alliés de la majorité. Si Laurent Wauquiez des Républicains reconnaît le « mérite de chercher des solutions », il insiste sur la nécessité de « corriger et améliorer » le plan. Edouard Philippe (Horizons) a même jugé que « quasiment rien dans ce que propose François Bayrou ne règle le problème ». Le silence de Gabriel Attal, président du groupe Ensemble pour la République à l’Assemblée nationale, est également notable.
Face à cette levée de boucliers, avec des appels à la censure émanant du RN, du PS et de LFI, la question de la survie politique de François Bayrou et de son plan se pose avec acuité.
Scénarios politiques : La censure en ligne de mire ?
Le calendrier politique actuel offre un court répit au gouvernement, les députés étant en vacances jusqu’en septembre et les discussions budgétaires ne débutant qu’en fin octobre. Cela donne au Premier ministre trois mois pour échapper à une motion de censure immédiate.
Cependant, le scénario d’une censure reste « envisageable », comme l’estime Julien Robin, doctorant en science politique. Si le Rassemblement national et le Parti socialiste s’unissent, une motion de censure pourrait aboutir, particulièrement si un groupe transpartisan comme LIOT la dépose. Pour Julien Robin, une censure du gouvernement, à l’image de celle de Michel Barnier, pourrait certes donner à François Bayrou l’image d’un « lanceur d’alerte » ou d’un « perdant magnifique », mais elle entraînerait également une nouvelle inflation du déficit et affaiblirait la fin de règne de la « Macronie ».
Vers un compromis ou une impasse ?
Le gouvernement semble miser sur un possible « compromis » avec le Parti socialiste, comme ce fut le cas lors de l’examen du budget 2025. Le ministre de l’Économie, Eric Lombard, a d’ailleurs exprimé cette semaine son espoir de parvenir à un accord avec le PS. Néanmoins, les socialistes, par la voix de Boris Vallaud et Olivier Faure, qualifient le budget de « brutal et inacceptable » et envisagent la censure « sur les bases actuelles ». Une ouverture aux négociations pourrait se faire si leurs propositions, telle que la taxe Zucman sur le patrimoine des milliardaires, étaient prises en compte – une idée actuellement repoussée par le gouvernement.
Quant au Rassemblement national, bien que Marine Le Pen menace de censure si le plan n’est pas « revu », un accord est jugé « compliqué, mais pas impossible » par Julien Robin, notamment si les points concernant les retraités, cœur de leur électorat, évoluent. Cependant, les lignes rouges du RN sur des sujets comme l’immigration pourraient rendre les négociations ardues.
Une rentrée sociale sous tension
Au-delà des débats parlementaires, la rentrée s’annonce explosive sur le front social. Les syndicats ont déjà appelé à la « mobilisation » dès septembre pour « empêcher ces régressions sociales ». La capacité de François Bayrou à naviguer dans ce paysage politique et social tendu déterminera si son plan de redressement pourra être mis en œuvre.

